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Fusion en 2026 : le plasma D-T de Helion, les retards d'ITER et un pari de 100 M$ sur le stellarator

Helion affirme que son prototype Polaris est devenu la première machine à fusion développée par une entreprise privée à fonctionner avec du combustible deutérium-tritium, atteignant des températures de plasma de 150 millions de degrés Celsius. L'annonce de l'entreprise est datée du 13 février 2026, et elle côtoie deux autres repères de la même année : le programme de construction d'ITER, à 22 milliards de dollars, dans le sud de la France, et une série B de 100 millions de dollars pour le développeur de stellarators Thea Energy.

SciencesExpliquéAmélie BernardPublié le: 28 septembre 20267 min de lectureSources 3
Fusion en 2026 : le plasma D-T de Helion, les retards d'ITER et un pari de 100 M$ sur le stellarator

Trois histoires de fusion ont traversé 2026. Elles ne racontent pas la même chose. L'une vient d'une entreprise privée qui revendique une première du secteur. Une autre concerne le plus grand réacteur financé par des fonds publics, qui encaisse encore des dépassements de coûts. La troisième est celle d'une start-up du New Jersey qui soutient que la bonne machine n'a pas encore été construite.

Polaris fonctionne au deutérium-tritium

Helion, basée à Everett, dans l'État de Washington, a annoncé le 13 février 2026 que son prototype de septième génération, Polaris, avait démontré une fusion deutérium-tritium (D-T) mesurable et atteint des températures de plasma de 150 millions de degrés Celsius. L'entreprise présente ces deux résultats comme des premières pour l'industrie de la fusion privée. Polaris a commencé à fonctionner fin 2024, et Helion affirme qu'en janvier, elle est devenue la première et actuellement la seule machine à fusion privée à utiliser du combustible D-T.

Le chiffre compte en raison de sa position. Selon l'annonce de Helion, 100 millions de degrés Celsius est considéré dans le secteur comme le seuil de température du plasma pour une machine à fusion commercialement pertinente. Le prototype de sixième génération de Helion, Trenta, avait établi ce record. Polaris l'a battu. L'entreprise affirme aussi avoir été la première à recevoir une autorisation réglementaire pour détenir et utiliser du tritium dans le but de démontrer une production d'énergie de fusion.

Le D-T n'est toutefois pas le combustible que Helion compte brûler à l'échelle commerciale. L'entreprise indique qu'elle continuera à tester Polaris pour atteindre les températures optimales de la fusion deutérium-hélium-3, celle que ses opérations commerciales utiliseront. La campagne D-T est décrite comme une étape du programme d'essais de Polaris, destinée à montrer que l'entreprise peut fonctionner et passer à l'échelle sur plusieurs combustibles.

"Nous pensons que le chemin le plus sûr vers la commercialisation de la fusion est de construire, apprendre et itérer aussi vite que possible", a déclaré David Kirtley, cofondateur et directeur général de Helion. "Nous avons construit et exploité sept prototypes, en fixant et en dépassant chaque fois des objectifs techniques et d'ingénierie plus ambitieux."

Deux chercheurs extérieurs sont cités dans le même communiqué. Jean Paul Allain, directeur associé pour les sciences de l'énergie de fusion au sein du Bureau des sciences du département de l'Énergie, estime que les données de Polaris, "y compris des températures record et les gains issus du mélange de combustible dans leur système, indiquent de solides progrès". Ryan McBride, qui a travaillé sur la fusion par confinement inertiel et la puissance pulsée au Sandia National Laboratories et a enseigné à l'Université du Michigan, dit avoir examiné les données de diagnostic et trouve "encourageant de voir des preuves de fusion D-T et des températures dépassant 13 keV, soit 150 millions de degrés Celsius".

Alan Hoffman est également cité : spécialiste du plasma FRC avec plus de 40 ans dans le domaine, il fait remonter cette ligne de recherche à Los Alamos, à l'entreprise privée Math Sciences North West et au dispositif Large S de l'Université de Washington, construit avec des fonds du département de l'Énergie. Le communiqué ne décrit aucune vérification indépendante des résultats de Polaris. Les affirmations reposent sur les propres diagnostics de Helion et sur les chercheurs qui disent les avoir examinés.

Sur le plan commercial, Helion indique avoir commencé en juillet 2025 la construction, sur le site d'Orion, sa première machine commerciale, à Malaga, dans l'État de Washington. Cette installation, selon l'entreprise, fournira à Microsoft de l'électricité issue de la fusion, injectée sur le réseau.

ITER : 22 milliards de dollars, et un bouclier thermique fissuré

Dans le sud de la France, le Réacteur thermonucléaire expérimental international est un projet d'une autre nature. CNET, qui a visité le site, estime le coût à 22 milliards de dollars et décrit une chambre à vide en forme de beignet, conçue pour contenir un plasma 10 fois plus chaud que le cœur du Soleil. Confiner un plasma à 150 millions de degrés exige des aimants supraconducteurs maintenus à quelques degrés seulement au-dessus du zéro absolu, avec un mince bouclier thermique qui sépare l'un des environnements les plus chauds jamais créés de l'un des plus froids.

Des fissures dans la tuyauterie de ce bouclier thermique ont été découvertes en 2020, selon CNET, ainsi que des déformations causées par le soudage et les perturbations liées à la pandémie de COVID-19. Il en a résulté un retard de plusieurs années et 5 milliards de dollars supplémentaires pour les réparations. C'est dans ce contexte que les start-up de la fusion privée se sont multipliées, plusieurs espérant atteindre des jalons majeurs avant ITER.

Les défenseurs d'ITER présentent les dépassements autrement. Javier Artola, scientifique qui modélise le comportement du plasma d'ITER, a déclaré à CNET : "C'est un projet financé par des fonds publics. C'est la connaissance du monde." L'argument est que le travail financé publiquement réduit le risque de la recherche et du développement dont la fusion commerciale a besoin, ce qui permet aux entreprises privées de parier plus gros. Chaque problème qu'ITER résout est un problème de moins pour elles. Plus de 30 pays sont parties à l'accord ITER, et CNET rapporte que chaque État membre aura accès à la science issue du projet, la construction elle-même développant une chaîne d'approvisionnement mondiale pour la fusion.

"Que la Chine et la Russie collaborent avec les États-Unis et l'Europe, et qu'on y ajoute la Corée, l'Inde et le Japon, c'est soit du génie, soit de la folie", a déclaré Laban Coblentz, conseiller stratégique en chef d'ITER.

Le reporter de CNET est reparti plus optimiste que ne le suggère la réputation du projet, écrivant que voir le chantier de ses propres yeux lui a fait penser que la fusion vit peut-être sa dernière décennie de rêve lointain. C'est un jugement, pas une donnée.

Thea Energy parie sur le stellarator

Thea Energy, basée à Kearny, dans le New Jersey, a annoncé le 27 mai 2026 avoir levé 100 millions de dollars en série B. Le tour a été mené par l'US Innovative Technology Fund de Thomas Tull, avec la participation de General Innovation Capital Partners, Linse Capital, Calm Ventures, Climate Capital, Divergent Capital, Emerald Technology Ventures, Gaingels, Idemitsu Kosan, Overlay Capital, Timescale Ventures et Whatif Ventures. Des investisseurs existants, dont Alumni Ventures, Hitachi Ventures, Lowercarbon Capital, Mercator Partners, Orion Industrial Ventures, Prelude Ventures et Starlight Ventures, ont aussi pris part. L'entreprise qualifie le tour de sursouscrit.

L'argent va à la fabrication d'aimants, notamment une deuxième installation dans le nord du New Jersey, ainsi qu'au choix du site et à la construction d'Eos, un grand stellarator intégré. Thea indique qu'elle choisira un site pour Eos plus tard cette année et doublera son équipe. Elle dit aussi être en discussion avec plus d'une douzaine d'acheteurs d'électricité, d'hyperscalers et de partenaires de services publics, et viser le début de la construction de sa première centrale, Helios, avant la fin de la décennie.

L'argument technique repose sur une affirmation précise. Les stellarators, soutient l'entreprise, sont intrinsèquement plus stables que les autres conceptions à confinement magnétique, mais leurs aimants tridimensionnels complexes les rendaient historiquement impraticables à construire. Thea affirme avoir déplacé cette complexité de la fabrication mécanique de précision vers des commandes définies par logiciel, en utilisant des réseaux d'aimants planaires fabricables en série. Elle affirme aussi avoir construit et exploité le premier réseau d'aimants supraconducteurs au monde capable de produire les champs nécessaires aux systèmes stellarator commerciaux, et avoir levé le risque sur les aimants de mise en forme planaires à l'échelle d'Eos.

"Notre architecture est plus simple à fabriquer, plus rapide à construire et plus tolérante aux conditions réelles que toutes les autres approches", a déclaré Brian Berzin, cofondateur et directeur général de Thea Energy.

Il y a une note réglementaire. Thea indique que le département de l'Énergie a certifié son jalon de conception préliminaire Helios, ce qui en fait le premier lauréat à recevoir cette distinction. L'entreprise est issue de l'Université de Princeton et du Princeton Plasma Physics Laboratory en 2022, a été lauréate inaugurale du programme Milestone-Based Fusion Development du DOE et affirme détenir six bourses DOE INFUSE.

Ce que les trois histoires additionnent

Helion rapporte une machine qui a fonctionné avec le combustible utilisé par la plupart des expériences de fusion et a battu un record de température pour le secteur privé. ITER est la grande tentative, lente et financée par des fonds publics, de résoudre les problèmes une fois, pour tout le monde. Thea débat d'architecture, pas seulement de vitesse, et a levé de l'argent pour construire une machine qui testera son argument.

Aucune des trois n'a injecté d'énergie de fusion sur un réseau à l'échelle commerciale. L'Orion de Helion est en construction et sous contrat avec Microsoft. ITER est un projet de recherche. L'Helios de Thea est visé avant la fin de la décennie. Les jalons sont réels ; les calendriers restent des affirmations.

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Sources

3
  1. 01Helion Achieves New Fusion Energy MilestonesEN
  2. 02A look inside ITER, the world's largest fusion energy projectEN
  3. 03Thea Energy Raises $100M Series B Funding to Build Scalable Fusion Power PlantsEN

Tous les chiffres et citations de ce texte proviennent des sources citées ci-dessous.

Les contenus ont été préparés par l'équipe de rédaction, assistée par l'IA.

Amélie Bernard

Amélie Bernard

Science et santé

Amélie Bernard couvre les sciences et la santé pour FLASH24, en s'appuyant sur les publications évaluées par les pairs, les communiqués des agences et les données brutes des études, sans reprendre les reprises de presse. Elle vérifie chaque chiffre en remontant à la source, compare les méthodologies et signale les tailles d'échantillon douteuses. Elle interroge régulièrement des chercheurs et des soignants, et attend les mises à jour des revues à comité de lecture avant de publier. Sa formation en physique des matériaux lui sert à décrypter les résultats techniques, et elle observe le ciel avec son propre télescope. Elle ne publie pas une donnée qu'elle n'a pas pu reproduire.

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